Dimanche 23 mars 2008

Devoir de réserve : un sous-préfet est limogé par le Ministère de l'Intérieur pour avoir tenu des propos anti-israéliens. Cette décision et cette information méritent de se pencher sur les faits évoqués. Qu'est-ce que des propos anti-israéliens ? En quoi constitutent-ils une atteinte au droit de réserve auquel sont astreints les fonctionnaires et plus spécifiquement les représentants de l'Etat ? A quoi se réfère-t-on lorsqu'on parle du devoir de réserve ?


Une fois encore, il est fait démontration que la liberté d'expression a des limites qu'il faut pouvoir apprécier à sa juste valeur. Le sous-préfet de Charentes Maritimes, basé à Saintes, Bruno Guigues, a été limogé suite à un billet posté sur le site d'information Oumma.com spécialisé dans l'information sur l'islam. L'article du sous-préfet, publié depuis le 13 mars 2008 [et toujours disponible] est intitulé « quand le lobby pro-israélien se déchaine contre l'ONU ». L'objet central de la diatribe reprochée au sous-préfet est apparemment relatif à un article paru dans le journal Le Monde le 27 février 2008 lui-même intitulé « L'ONU contre les droits de l'homme ». Mais d'emblée, l'auteur sanctionné donne le ton en indiquant de manière provocatrice que le quotidien a offert ses colonnes de manière généreuse « à un texte d’une hystérie verbale et d’une mauvaise foi insondables » dont la liste des auteurs est évidente tant « l’omniprésence des intellectuels organiques du lobby pro-israélien nous est devenue familière. » Et l'attaque du fonctionnaire contre le texte se poursuit au fil des lignes la qualifiant de « prose haineuse » .


Il est vrai que le thème de l'article du journal Le Monde s'attaque à un sujet délicat : le risque de dérive des instances internationales, et plus spécifiquement le Conseil des Droits de l'Homme. Cette instance a de fait remplacé la Commission des Droits de l'Homme en 2006 au motif que « certains Etats lui ayant reproché sa trop grande sélectivité et sa polarisation, celle-ci avait perdu de sa crédibilité et sa capacité d’action avait été remise en question. » [Source] Mais le sous-préfet Guigue ne se contente pas d'une telle critique, il utilise manifestement la rhétorique dans son art le plus subtil mais aussi le plus détestable, celui qui conduit au racisme. Ainsi, pour ce « spécialiste » du moyen orient, « la souffrance des femmes opprimées dans les pays musulmans » n'est autre qu'une « antienne dont la rhétorique lobbyiste est coutumière ». Pour autant, à d'autres moments, le sous-préfet téméraire touche pultôt juste lorsqu'il rappelle que « l'Arabie saoudite, où le port du voile est obligatoire et les femmes interdites de conduite automobile, est l’alliée historique des Etats-Unis dans la région. » Ailleurs, il prend partie en faveur de « Mme Louise Arbour, haut-commissaire aux droits de l’homme de l’ONU » accusée dans l'article du Monde d'avoir « participé à une conférence à Téhéran consacrée aux droits de l’homme et à la diversité culturelle, portant le voile, comme la loi de la république islamique l’exige, la haut-commissaire a été le témoin passif de l’énoncé de principes à venir, ainsi résumés : offense aux valeurs religieuses considérée comme raciste. Bien pire, dès le lendemain de cette visite, vingt et un Iraniens, dont plusieurs mineurs, furent pendus en public. C’est en sa présence que le président Ahmadinejad a renouvelé son appel à la destruction d’Israël ».Et l'auteur de contester cet argument par un contre-argument dont on peut au moins considérait qu'il est fallacieux et pour le moins disproportionné : Mme Arbour « aurait-elle pu, en Israël, organiser une réunion pendant le shabbat ? »


Les arguments de Bruno Guigue sont donc manifestement tendancieux et à la limite de la diffamation voire de l'insulte raciste d'autant qu'il n'hésite pas à prétendre sans autre argument que « Israël, seul Etat au monde dont les snipers abattent des fillettes à la sortie des écoles », sans évoquer l'analogie terrible : « frappante est la ressemblance entre le Reich qui s’assied sur la SDN en 1933 et l’Etat hébreu qui bafoue le droit international depuis 1967. »


Disons-le sans détour, à la lecture de son billet, l'ex-sous préfet Guigue apparaît manifestement partisan, et le parti auquel il adhère est manifestement nauséabond. Mais il faut bien reconnaître que son argumentaire s'appuie sur les faiblesses évidentes du texte qu'il attaque. Ainsi, aux auteurs de l'article du Monde qui prétendent [à juste titre selon l'autre du présent billet] qu'il existe un « retour de Dieu en politique », le sous-préfet répond ces « intellectuels savent de quoi ils parlent : Israël n’est-il pas l’Etat confessionnel par excellence ? »


De fait, le ministère de l'intérieur a tranché. Le sous-préfet a franchi le rubicond sacré que doit pourtant connaître et respecter tout fonctionnaire [dont je suis, autant vous dire que je ne vous fait pas de dessin sur le risque pris] le devoir de réserve. Pourtant l'article 6 alinéa 1 de la loi n°83-364 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires précise « la liberté d'opinion est garantie aux fonctionnaires. » Et si la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen du 26 août 1789 précise aussi dans son article 10 que « nul ne peut être inquiété pour ses opinions, même religieuses », cette liberté est aussitôt tempérée par le « pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la Loi. » Peut-être que les commentaires faisant suite à l'article lui-même dont certains sont manifestement élogieux à l'égard de l'auteur auront fait plus de mal à l'auteur que ses propres dires.


Sans nul doute, l'auteur est aller trop loin dans la provocation, mais à aucun moment il n'insulte ouvertement. Il est certes manifestement anti-israélien, mais s'est-il pour autant rendu coupable d'antisémitisme [voir l'ambiguïté du titre du Nouvelobs ci-dessous qui parle bien de "propos anti-israéliens" mais dont l'adresse internet utilise le treme "antisémite" ? Et il est difficile de considérer ses propos de racistes, mais plutôt d'anti-israéliens. Aussi, il faut bien analyser la décision du ministère de l'intérieur de donner un signe fort dans un contexte où le chef de l'Etat français vient de décider de renvoyer 1 000 soldats en Afghnistan. D'un autre côté, on doit bien reconnaitre que certains arguments de l'auteur touchent juste et la sanction qui touche le fonctionnaire masque cela trop facilement car le voilà jeté en patûre aux médias friand de ce genre de polémique opposant les « méchants islamistes » aux « gentils occidentaux ». Dans ce contexte, la parole des fonctionnaires apparaît fragile. je ne défends pas ici le fond des idées pronées par Bruno Guigue, mais j'estime que le non respect du devoir de réserve dont il se serait rendu "coupable" n'est pas vraiment qualifié. Et je me demande en fin de compte combien d'articles de ce blog pourraient être aussi la cause de mon éviction d'une fonction publique par trop bien pensante.


Pour aller plus loin, et vous faire une idée par vous-même :


[Oumma.com : un site d'information ? : Selon la présentation faite sur le site même on apprend que « le site Oumma.com est une initiative indépendante de nature culturelle, civique et informative » dont les statuts relèvent de la loi de 1901 sur le droit d'association. « Ce site est réalisé par un collectif indépendant issu de plusieurs pays, réunissant des musulmans. Le site Oumma.com est le premier site de l’Islam francophone sur internet par son taux de visite/jour et sa qualité rédactionnelle (plus de 6 millions de visites mensuelles). » Pour autant d'aucun n'hésitent pas à qualifier ce site de site « islamiste »]


[relativisme culturel : « Une conséquence de ce point de vue est que tout jugement d'une société basée sur le code moral de l'observateur est invalide ; les individus doivent être jugés en fonction des normes de leur société et il n'y a pas de contexte plus large dans lequel ces jugements sont corrects. Ceci est une source de conflit entre morale relativiste et absolue car, pour cette dernière, une société dans son ensemble peut être jugée pour son acception de pratiques immorales tels l'esclavage, le maintien des femmes dans une position d'infériorité ou la peine de mort. De tels jugements peuvent être considérés comme arbitraires bien que certains relativistes condamnent l'esclavage. » - Source]


http://www.ohchr.org/FR/Issues/Pages/WhatareHumanRights.aspx

http://www.eda.admin.ch/eda/fr/home/topics/human/humri/humun.html

http://fr.wikipedia.org/wiki/Conseil_des_droits_de_l'homme_de_l'ONU

http://oumma.com/Bernard-Henry-Levy-delire-au-sujet

http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/politique/20080323.OBS6220/un_sousprefet_limoge_pour_des_propos_antisemites.html

http://www.lefigaro.fr/politique/2008/03/23/01002-20080323ARTFIG00027-un-sous-prefet-limoge-pour-ses-propos-anti-israeliens.php

http://www.upjf.org/actualitees-upjf/article-13922-145-7-sous-prefet-diffame-israel.html

http://vigilances.blogspot.com/2008/03/un-sous-prfet-diffame-isral.html


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Samedi 22 mars 2008

« Nous sommes un empire (...) nous créons notre propre réalité »


Dans l'édition du journal Le Monde de ce week-end pascal, je vous invite à lire la chronique « Storytelling » donnée à l'écrivain Christian Salmon connu pour son ouvrage « Storytelling, la machine à fabriquer des histoires et à formater les esprits » - ouvrage dans lequel l'auteur nous révèle l'incroyable hold-up sur l’imagination des humains mené par les militaires et les spins doctors de l'Amérique se considérant agir comme « Empire ». A l'occasion de l'anniversaire de la guerre d'Irak, la lecture du billet de l'écrivain vient tristement nous rappeler que les principes de liberté – dont nous, occidentaux, nous gargarisons si facilement – sont aussi bafoués dans nos sociétés, de manière certes plus subtiles qu'en Chine ou en Iran, mais bafoués tout de même et ce de manière peut-être encore plus cynique.


Alors bien sûr, il faut militer pour savoir ce qu'il se passe au Tibet, bien sûr il faut exiger de pouvoir rencontrer la population locale, bien sûr il faut exiger de connaître la vérité, mais reconnaissons que de notre côté, il faut maintenir la vigilance sur l'art et la manière dont nos responsables conduisent les affaires publiques au nom soi-disant du peuple qu'ils sont censés représentés.


Pour illustrer cette vision paradoxale de la notion de réalité et éclairer la conscience des citoyens, voici quelques extraits tirés du billet de Christian Salmon de ce 22 mars :



« Ce ne sont plus seulement les faits qui comptent aujourd'hui dans le monde.

C'est quelque d'aussi émotionnel que la violence et la religion ... »

Charlotte Beers – sous-secrétaire d'Etat à la diplomatie américaine

recrutée trois semaines après les attentats du 11/09/2001


« Vous croyez que les solutions émergent de votre judicieuse analyse

de la réalité observable.

Ce n'est plus de cette manière que monde marche réellement.

Nous sommes un empire maintenant,

et lorsque nous agissons,

nous créons notre propre réalité »

Entretien entre G.W Bush et Ron Suskind publié en 2004 dans le New York Times

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Mercredi 19 mars 2008

Le chiffre du jour est lié au triste anniversaire de la seconde guerre en Irak déclenchée par les Etats-Unis au prétexte dont on sait aujourd'hui qu'il fut pour le moins fallacieux [trouver des armes de destrcutions massives].

 

Vous l'aurez compris, il ne s'agit des 81.639 civils irakiens tués depuis le déclenchement de cette guerre. [Source : Iraq Body Count]

 

Vous l'aurez compris, il ne s'agit pas non plus des quelques 3.990 soldats américains qui ont été tués sur la même période.

 

Non, vous l'aurez compris, il s'agit des « quelques » 3 000 000 000 000 de dollards que cette fichue guerre aura coûté. Vous avez bien lu, je vous l'écrit en toutes lettres pour vous facilitez la lecture à défaut de pouvoir appréhender réellement ce que représente ce chiffre astronomique :

 

trois mille milliards de dollards

 

Ce chiffre n'est pas sorti comme cela par un uluberlu mais du prix nobel d'économie de 2001, John Eugene Stiglitz, rien que çà ! Pendant ce temps, George W. Bush continue à vouloir défendre l'idée que çà valait le coup d'y aller. Il est vrai que si cela n'avait pas été le cas la statue de Saddam Hussein serait encore debout ...

PS : Pour se consoler, nous autres européens on peut encore convertir cette somme en euros !

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Dimanche 16 mars 2008

Le situation hypermédiatisée de Chantal Sébire s'inscrit dans un débat complexe entre le droit et la morale. Le premier ne constituant en fin de compte, on s'en aperçoit bien dans le cas de figure, que l'avatar de ce qu'impose le second à notre conscience sans que l'on ose le reconnaître. Nous sommes loin de l'objectif officiellement affiché consistant au respect de la dignité humaine. Il est à craindera u contraire que cette femme soit instrumentalisée au nom du soi disant respect de la vie !

 

Que nous dit le droit dans la situation de Chantal Sébire?

 

EN DROIT FRANCAIS, nous nous référerons au code de la santé publique en priorité.

 

L'article L.1110-5 du code de la santé publique : « Toute personne a, compte tenu de son état de santé et de l'urgence des interventions que celui-ci requiert, le droit de recevoir les soins les plus appropriés et de bénéficier des thérapeutiques dont l'efficacité est reconnue et qui garantissent la meilleure sécurité sanitaire au regard des connaissances médicales avérées. Les actes de prévention, d'investigation ou de soins ne doivent pas, en l'état des connaissances médicales, lui faire courir de risques disproportionnés par rapport au bénéfice escompté.

Ces actes ne doivent pas être poursuivis par une obstination déraisonnable. Lorsqu'ils apparaissent inutiles, disproportionnés ou n'ayant d'autre effet que le seul maintien artificiel de la vie, ils peuvent être suspendus ou ne pas être entrepris. Dans ce cas, le médecin sauvegarde la dignité du mourant et assure la qualité de sa vie en dispensant les soins visés à l'article L. 1110-10.

Les dispositions du premier alinéa s'appliquent sans préjudice de l'obligation de sécurité à laquelle est tenu tout fournisseur de produit de santé, ni des dispositions du titre II du livre Ier de la première partie du présent code.

Toute personne a le droit de recevoir des soins visant à soulager sa douleur. Celle-ci doit être en toute circonstance prévenue, évaluée, prise en compte et traitée.

Les professionnels de santé mettent en oeuvre tous les moyens à leur disposition pour assurer à chacun une vie digne jusqu'à la mort. Si le médecin constate qu'il ne peut soulager la souffrance d'une personne, en phase avancée ou terminale d'une affection grave et incurable, quelle qu'en soit la cause, qu'en lui appliquant un traitement qui peut avoir pour effet secondaire d'abréger sa vie, il doit en informer le malade, sans préjudice des dispositions du quatrième alinéa de l'article L. 1111-2, la personne de confiance visée à l'article L. 1111-6, la famille ou, à défaut, un des proches. La procédure suivie est inscrite dans le dossier médical. »

 

L'article L.1110-9 du code de la santé publique : « Toute personne malade dont l'état le requiert a le droit d'accéder à des soins palliatifs et à un accompagnement »

 

L'article L.1110-10 du code de la santé publique : « Les soins palliatifs sont des soins actifs et continus pratiqués par une équipe interdisciplinaire en institution ou à domicile. Ils visent à soulager la douleur, à apaiser la souffrance psychique, à sauvegarder la dignité de la personne malade et à soutenir son entourage. »

 

Le premier aspect que nous mettrons en exergue est simple, il est posé par l'article L.1110-2 du code de la santé publique : « La personne malade a droit au respect de sa dignité. »

 

Aussi, la question juridique qui doit être traitée est celle de savoir si en l'occurence la dignité de Madame Chantal Sébire est respectée. Rude question que voilà, d'autant qu'elle est à traiter en droit, et non du point de vue de la morale !

 

EN DROIT INTERNATIONAL, la première apparition de cette notion est issue de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme (1948) laquelle reconnaît dans son préambule que tous les membres de la famille humaine possèdent une « dignité inhérente » et dispose par son article 1er que « tous les êtres humains naissent libres et égaux en droits et en dignité ». On aura également en tête le Préambule de l'Acte constitutif de l'UNESCO qui invoque « l'idéal démocratique de dignité, d'égalité et de respect de la personne humaine ». Cet disposition est d'ailleurs rappelée dans la Conférence générale à l'occasion de la Déclaration universelle sur le génome humain et les droits de l'homme de l'UNESCO (1997). Ce texte édicte tant quant lui dans son article 2 « chaque individu a droit au respect de sa dignité et de ses droits, quelles que soient ses caractéristiques génétiques. »

 

Rappelons encore que la Conférence génrale de l'UNESCO, à l'occasion de la Déclaration universelle sur la bioéthique et les droits de l'homme du 19 octobre 2005, s'est déclarée « convaincue que la sensibilité morale et la réflexion éthique devraient faire partie intégrante du processus de développement scientifique et technologique et que la bioéthique devrait jouer un rôle capital dans les choix qu’il convient de faire, face aux problèmes qu’entraîne [le] développement » scientifique et technologique et édicte dans son article 3 « 1°- La dignité humaine, les droits de l’homme et les libertés fondamentales doivent être pleinement respectés. 2° - Les intérêts et le bien-être de l’individu devraient l’emporter sur le seul intérêt de la science ou de la société. »

 

La primauté de l'être humain sur toute autre considération

 

L'article 6 du même texte indique dans notre contexte « toute intervention médicale de caractère préventif, diagnostique ou thérapeutique ne doit être mise en œuvre qu’avec le consentement préalable, libre et éclairé de la personne concernée, fondé sur des informations suffisantes. » Cette primauté est rappelé par la Convention pour la protection des Droits de l'Homme et de la dignité de l'être humain à l'égard des applications de la biologie et de la médecine dite « Convention sur les Droits de l'Homme et la biomédecine » qui précise en son article 2 : « l'intérêt et le bien de l'être humain doivent prévaloir sur le seul intérêt de la société ou de la science. »


On retiendra encore la Charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne signée le 07 décembre 2000 qui reprend en un texte unique, pour la première fois dans l'histoire de l'Union européenne, l'ensemble des droits civiques, politiques, économiques et sociaux des citoyens européens ainsi que de toutes personnes vivant sur le territoire de l'Union. La première difficulté tient au fait qu'elle n'a pas de valeur contraignante d'un point de vue juridique puisqu'elle n'a été signée que par les institutions européennes sans avoir été formellement ratifiée par les États. Il n'en demeure pas moins que la question de sa valeur juridique contraignante est posée en raison de la référence qui est faite à cette Charte dans le traité modificatif de l'Union. Si cette Charte des droits fondamentaux devait n'avoir aucun statut juridique, nous serions là devant un bel exemple d'hypocrisie politique à l'égard des peuples et des citoyens dont des pays comme la Chine ou l'Iran ont ensuite beau jeu de se gausser.

 

Que nous dit donc cette Charte des droits fondamentaux sur la dignité ?

 

Beaucoup et peu de chose à la fois. Explications. L'article premier de la Charte nous dit « la dignité humaine est inviolable. Elle doit être respectée et protégée. »

 

Seulement dans ce texte comme dans les autres, la définition même de la dignité est laissée sans réponse précise. Nous touchons donc bien la limite de ce que dit et veut défendre le Droit.Comment défendre un droit dont nous n'avons même pas le début d'une définition ?

 

Nous tenterons donc de nous référer à des définitions plus ou moins bien établies et dont on présume qu'elles auront servi de base de réflexion au magistrat qui rendra son délibéré ce lundi 17 mars 2008. Selon Paul Ricoeur, cette notion renvoie à l’idée que « quelque chose est dû à l'être humain du seul fait qu'il est humain ». Du dictionnaire culturel en langue française, Le Robert, nous retiendrons la définition suivante de la notion de dignité humaine : « principe selon lequel un être humain ne doit jamais être traité comme un moyen, mais comme une fin en soi ». Cette définition s'appuie sur la formule kantienne, qui exprime une exigence de non instrumentalisation de l’être humain, est d’une extraordinaire fécondité en matière de bioéthique. L’idée de dignité comme exigence de non-instrumentalisation de la personne est donc d’une grande aide au niveau de la pratique médicale quotidienne. Lorsque les praticiens et les infirmières ont cette idée présente à l’esprit, leur attitude à l’égard des patients est complètement différente de ce qu'elle serait sans elle. La pratique médicale devient alors quelque chose de plus qu’une simple question technique pour constituer l’expression d’une activité profondément humaine. Le malade n’est plus un « cas » dont on doit s’occuper, mais bel et bien une « personne », c’est-à-dire un être unique et ineffable qui a besoin d’être aidé et accompagné dans sa souffrance.

 

Malgré la force intrinsèque de cette définition qui dit tout à elle seule, il est à craindre que ce seul argument ne soit pas suffisant en soi pour faire comprendre à ceux qui refusent à Chantal Sébire le droit à mourir selon sa volonté qu'ils loin de défendre la même notion de la dignité que nous le revendiquons.

 

Et sans aller jusqu'à l'argumentation de la « bioéthicienne américaine Ruth Macklin qualifiait la dignité humaine de « concept inutile » en éthique médicale car il ne signifierait pas autre chose « que ce qui est déjà contenu dans le principe éthique du respect des personnes : l’exigence du consentement éclairé, la protection de la confidentialité des patients et la nécessité d’éviter des discriminations et des pratiques abusives » on reconnaîtra avec Roberto Andorno que « Force est de reconnaître que l’expression « dignité humaine » est souvent employée avec une signification très vague, ce qui encourage l’usage inflationniste dont elle fait parfois l’objet. Il arrive même qu’elle soit invoquée afin de soutenir des revendications contradictoires, comme c’est le cas dans le débat sur l’euthanasie, car tant ceux qui sont en faveur que ceux qui sont contre cette pratique font appel à l’idée de dignité humaine. » « L’idée de dignité est donc préalable à celle de respect et vise à répondre à la question « pourquoi doit-on respecter les personnes ? » « En réalité, la notion de dignité fait référence à une qualité inséparablement liée à l’être même de l’homme, ce qui explique qu’elle soit la même pour tous et qu’elle n’admette pas de degrés. On comprend bien que ce dont il est question ici, c’est de la dignité inhérente et non pas de la dignité éthique : tandis que la première est une notion statique, puisque elle revient à tout être humain du seul fait de son existence et indépendamment des qualités morales de l’individu en question, la seconde est une notion dynamique, car elle ne s’applique pas à l’être de la personne, mais à son agir, et permet d’affirmer, par exemple, qu’un homme honnête a « plus de dignité » qu’un cambrioleur. ». Selon ce Ronald Dworkin, cette idée renvoie « à l’importance intrinsèque de la vie humaine »et « exige que personne ne soit jamais traité d’une façon telle que l’importance unique de sa vie vienne à être niée ». Noëlle Lenoir et Bertrand Mathieu font même de la notion de dignité humaine un principe matriciel de la bioéthique.[source]

 

Dans cette perspective, nous sommes en droit de nous interroger si le refus apporté par le Gouvernement à Madame Chantal Sébire par la voie même de ses ministres, mais aussi celle du Procureur de la Réoublique ne constitue pas une instrumentalisation de sa dramatique situation en vue de défendre une autre notion de la dignité humaine qui n'est pas celle évoquée ici mais relevant de la morale. Celle-là même qui a fait dire au[x] Pape[s] que la pandémie du Sida en Afrique ne devait pas pour autant justifier le recours au préservatif, et ce au nom du respect supérieur de la vie.

 

Désolé de vous dire que nous en partageons pas les mêmes valeurs.

 

 

 

 

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Vendredi 14 mars 2008

chantale-sebireChantal Sébire sera-t-elle condamnée à vivre ?

Alors qu’aux Pays-bas depuis sept ans (source) des médicaments mortels peuvent être légalement administrés en cas de maladie incurable ou de souffrance intolérable, à des patients l’ayant demandé en toute conscience, la France se trouve confrontée à un débat éthique sur la manière d’aider les personnes souffrant de maladie incurable comme c’est le cas de Chantal Sébire.

 

Tout ce que la ministre du Logement, Christine Boutin, a réussi à dire jeudi sur RMC c’est qu’elle était «scandalisée qu'on puisse envisager de donner la mort à cette femme parce qu'elle souffre et qu'elle est difforme».

 

De manière plus intelligente, et finalement plus humaine, Jean Leonetti, député UMP et auteur de la loi du 22 avril 2005 portant son nom a clairement posé les enjeux de la situation dramatique de Chantal Sébire : «la requête de Chantal Sébire n’entre pas dans le cadre de la loi. C’est une demande de suicide assistée, pas une demande d’accompagnement de fin de vie (...). La loi autorise l’utilisation de sédatifs, de calmants et d’antalgiques à des doses nécessaires pour supprimer toutes douleurs physiques ou morales, même si l’utilisation de ces médicaments abrègent la vie. Or, Mme Sébire refuse les sédatifs. Elle demande qu’on lui donne la mort».

 

La loi du 22 avrils 2005 dite loi Leonetti « reconnaît le droit aux malades en fin de vie de refuser tout traitement et le droit de soulager leurs souffrances, mais elle ne dit rien lorsque les malades refusent la solution proposée qui est le coma artificiel et la mort au bout de dix à quinze jours. » Voilà le drame de Chantal Sébire, et le dilemme horrible dans lequel la législation française et la position du Gouvernement manifestement unanime sur ce point la maintiennent » : mourir dans des douleurs que l’on ose à peine imaginer ou vivre dans un état léthargique jusqu’au jour où la maladie l’emportera.

 

Chantal Sébire a eu le courage de poser son cas personnel aux médias. Et il ne faut pas croire qu’il s’agit là d’une démarche facile ni pour elle ni pour entourage. Elle a osé demander grâce au Président de la République. Mais cette grâce-là Nicolas Sarkozy lui a manifestement refusé.

 

Voilà l’horrible paradoxe : le soi disant respect de la vie conduit la société à condamner Chantal Sébire à vivre. Nous préférons fermer les yeux sur la misère qui jonche sur les trottoirs de nos villes, nous préférons fermer les yeux sur les mesures de certains qui ne reculent devant rien, même devant les plus odieuses  méthodes pour chasser les miséreux des quartiers de centre ville en utilisant du répulsif anti-SDF équivalent à celui que l’on se sert contre les animaux nuisibles ! Et dire que cette méthode a pu être justifié par Rama Yade la secrétaire d’Etat aux Droits de l’homme ! (Source) Voilà la société que nous sommes en train de construire.

 

Aussi, le Blog Citoyen a choisi de soutenir la démarche courageuse de Chantal Sébire en réclamant le droit de mourir dignement. Faudra-t-il qu’elle se suicide pour nos responsables politiques prennent enfin des décisions courageuses !? Nous sommes là au cœur de la discussion de la part que le fait religieux doit prendre ou non dans l’organisation de notre société. Or on ne peut ignorer que ce refus systématique du droit à mourir même dignement est rattaché à la morale religieuse. « Le suicide est traditionnellement un acte condamné dans le cadre religieux. En effet, si le fait de se suicider est d'abord un acte qui va contre soi-même, l'« appartenance » de la destinée de l'homme à Dieu fait que cet acte devient une rupture de la relation spécifique entre l'homme et Dieu et un acte allant contre la souveraineté de Dieu. » (Source)

Chantal Sébire souffre d'un neuroblastome.

 Chantal_sebire

Lundi 17 mars 2008, Chantal Sébire sera fixée sur son sort. Ainsi soit-il ! 

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Vous avez la parole ...

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