L'Observatoire national de la démographie des professions de santé (ONDPS) a remis lundi 27 mai au ministre de la santé, Xavier Bertrand, son deuxième rapport portant sur l’analyse de la situation en 2005. Par ce second rapport, faisant écho à celui de la cour des comptes, les pouvoirs publics se trouvent à nouveau interpellés et sont invités à faire preuve d’une grande vigilance dans la régulation de la répartition des professionnels de santé tant il apparaît que le choc démographique que va connaître ces professions risque d’accroître les situations d’inégalité d’accès aux soins si aucune coordination n’est mise en place et impliquant aussi bien l’Etat, l’assurance maladie, les Collectivités territoriales que les professionnels eux-mêmes. Le Blog Citoyen vous propose une petite synthèse du rapport de l’ONDPS dont les plus curieux n’hésiteront à aller consulter directement. Voici pour les autres la Partie 1
Ce rapport, composé de trois tomes, actualise les données sur les effectifs des professions de santé (tome 1), dresse un bilan des modalités de régulation des professions de santé, étudie spécifiquement la situation des pharmaciens et approfondit les connaissances sur la répartition territoriale des infirmiers (tome 2). Dans le tome 3, sont également joints les comptes rendus des auditions des professionnels de santé. Ces analyses confirment les tendances soulignées dans le rapport produit en 2004 notamment sur les difficultés de renouvellement de certaines professions médicales au regard des déséquilibres existant tant au niveau des territoires de santé qu’au niveau des différents secteurs d’exercice.
Les professions de santé : une population en constante augmentation mais vieillissante
Si l’ONDPS constate que l’ensemble des professions médicales et paramédicales ont connu sur les cinq dernières années un taux de croissance important (+ 14,5% entre 2000 et 2005), il souligne également que cette population subit un net vieillissement (la part des 55 ans progresse avec un seuil de près de 20% pour l’ensemble des professions, et de plus de 26% pour les médecins) appelant ainsi les établissements sanitaires et médico-sociaux à mettre en place une procédure de suivi de leurs ressources humaines.
Concernant les médecins, l’analyse de l’ONDPS met en exergue trois faits saillants.
En premier lieu, la situation de la médecine générale se révèle ainsi très préoccupante puisque cette discipline est confrontée à une difficulté importante du fait de sa très faible attractivité parmi les jeunes générations. La désaffectation de cette discipline en 2004 avait été jugée exceptionnelle, mais cette appréciation semble devoir être révisée puisque les études relatives aux deux premières années du fonctionnement de l’examen classant national démontrent que les modalités actuelles d’organisation de cet examen conduit directement à l’insuffisance des recrutements en médecine générale. Par ailleurs, selon les scénarios retenus par l’ONDPS, le nombre total de médecins en activité pourrait diminuer de 10% d’ici 2025, voire 13% avec un partage généralistes/spécialistes de 40/60%. Les professionnels entendus par l’ONDPS mettent en avant trois types d’arguments pour expliquer cette désaffection :
Cette situation, si elle perdure, risque fort de mettre en cause brutalement les politiques sanitaires actuelles faisant de ce médecin le pivot de l’organisation des trajectoires de soins. La problématique est donc celle de valorisation du rôle de la médecine générale.
En second lieu, compte tenu des comportements actuels de choix de spécialisation et d’installation, et si ceux-ci perdurent, cette diminution des effectifs médicaux serait variable selon le secteur considéré. Ainsi, le secteur hospitalier pourrait se voire légèrement renforcé (+ 4%) contrairement au secteur salarié non hospitalier (- 8%) et au secteur libéral (-17%). Ces évolutions contrastées découlent en partie de la différence de structure par âges selon le mode d’exercice et tiennent aussi au fait de la féminisation de la profession médicale, les femmes présentant une attractivité plus forte vers le salariat que vers l’exercice libéral. Concernant la variable des comportements, l’ONDPS souligne que les départs en retraite de nombreux médecins spécialistes libéraux installés dans les régions du sud sont susceptibles d’infléchir les préférences actuelles des spécialistes pour l’hôpital.
En troisième lieu, il ressort de l’examen de la pyramide des âges que certaines spécialités risquent d’être fortement fragilisées tant à l’hôpital qu’en ville. C’est notamment le cas de pédiatrie, de la psychiatrie, de la radiothérapie et de la stomatologie. A l’inverse, le nombre de pharmaciens continuera à connaître un essor important jusqu’en 2015 confirmant l’évolution des vingt-cinq dernières années puisque la densité de pharmaciens est passée de 68 à 114 pour 100 000 habitants
La situation des professions paramédicales apparaît encore plus contrastée.
A l’exception des professions de masseur-kinésithérapeute et de manipulateur en électroradiologie dont le vieillissement est marqué, les professions paramédicales connaissent une structure d’âge favorable voire très favorables pour certaines d’entre elles (ergothérapeutes et opticiens). La gestion de leurs effectifs bénéficient en outre de délais d’ajustement plus rapide compte tenu du temps de formation moindre par rapport aux médecins. Cependant, ces professions sont marquées par une forte hétérogénéité de leur situation compte tenu du poids de certaines professions. Ainsi, les infirmiers, maillon essentiel des soins primaires, sont environ 440 000 contre moins de 5 000 pour des professions comme les ergothérapeutes, les orthoptistes, ou les audioprothésistes. La présence clairsemée sur le territoire de ces dernières professions a pour conséquence de rendre l’accès à ces spécialistes paramédicaux limité à une frange de la population souvent urbaine. Le taux de progression soutenu de ces professions ne comblera les difficultés d’accessibilité et conduit à mener une réflexion, au-delà des effectifs eux-mêmes, sur leur activité au travers des actes pris en charge par l’assurance maladie et ceux non remboursables.
Le rapport 2004 avait permis de montrer que peu de territoires présentent de réelles difficultés aux soins qualifiés de premier recours (médecins généralistes, chirurgiens-dentistes, infirmiers et masseurs-kinésithérapeutes et pharmaciens d’officine). 86 cantons, représentant environ 1,6% de la population, se trouvaient cependant être en situation fragile. Si la situation globale de ces cantons n’apparaît alarmante, selon l’ONDPS, il n’en demeure pas moins que les réelles difficultés rencontrées par les populations concernées pour accéder à l’offre de soin nécessitent des solutions locales, d’autant que les départs en retraite voient accentuer encore plus cette situation.
A l’inverse, les régions Île-de-France et PACA bénéficient d’une situation très avantageuse avec la plus forte densité de médecins spécialistes résultant de la liberté d’implantation.
Ces disparités interrégionales sont concomitantes d’écarts de répartition des professionnels de santé au sein même des régions, les départements affichant entre eux de forts contrastes pour certaines spécialités comme la pédiatrie, la chirurgie ou l’ophtalmologie compte tenu notamment de la sur-attractivité des départements sièges des universités. Ces situations peuvent parfois conduire les populations à des comportements de renoncements aux soins de spécialistes avec pour corollaire une surfréquentation, notamment dans les milieux ruraux, des médecins généralistes. Néanmoins, l’ONDPS reste particulièrement prudent dans son analyse puisqu’il pondère ce constat de l’existence d’inégalités d’accès aux soins par une affirmation qui relève plus de la politique sanitaire « l’homogénéité de la répartition des spécialistes sur le territoire n’est pas une fin en soi ». S’agissait-il de faire plus à l’autorité ayant commandé le rapport. Quoiqu’il en soit les faits sont là et l’ONDPS ne manque pas d’ajouter « la question qui demeure ouverte, en l’absence de normes le plus souvent, c’est celle de leur [des professionnels de santé] juste et adéquate répartition » Et à ce titre d’indiquer que les spécialités que l’on qualifie de premiers recours méritent une attention particulières des autorités dans leur distribution.
Face à ces inégalités régionales, les initiatives se développent timidement
Après un premier recensement des expériences de régulation locale de l’offre de soins, le rapport de 2005 permet d’offrir un panorama plus complet des démarches prises. Les remontées d’informations font ainsi ressortir que les régions qui ont mis en place le plus d’actions sont celles présentant le plus de problème d’effectifs de médecins. Ainsi les régions Nord-Pas-de-Calais, Basse-Normandie, Champagne-Ardenne, Haute-Normandie et Lorraine représentent les 2/3 des actions mis en places toutes professions confondues. Il est à noter que ces actions de terrain passent généralement par des actions coordonnées et convergentes de l’Etat, de l’assurance maladie et des collectivités territoriales elles-mêmes qui voient un enjeu de l’aménagement de leur territoire.
Ces actions, variées dans leurs formes, recouvrent quatre axes d’intervention :
L’ONDPS souligne par ailleurs le manque de recul sur l’impact réel de telles mesures mais nul doute qu’elles ne soient pas la panacée tant rêvée !
(A suivre … Partie 2 : Professions de santé : les pouvoirs publics interpellés, enjeux et perspectives)


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