publié dans : POLITIQUE
Mardi 27 mars 2007

Parce que la parole n’appartient pas aux douze candidats à l’élection présidentielle de 2007 … le Blog Citoyen prend la parole sur la campagne présidentielle.

 

En ces temps de campagne électorale où la rhétorique utilisée par les différents candidats à la responsabilité suprême que représente la fonction de Président de la République prend une tournure qui peut légitimement interroger le simple citoyen que je suis, en ces temps où les mots et les symboles de notre identité sont maniés avec un art subtil mais dangereux de la provocation, le Blog Citoyen vous propose de passer en revue quelques aspects de ces discours tant il est à craindre que les hérauts des partis politiques les plus en vue refusent de prendre conscience que leur confrontation peut nous conduire au bord d’un gouffre dont nous ne pourrions plus nous échapper.

 

Par où commencer ? Par ces mots peut-être et ces symboles ? Immigration, Identité nationale, Nationalité, Nationalisme, France, Français, Française, Patriotisme, Drapeau tricolore, Démocratie, Solidarité, Etranger, Hymne national, La Marseillaise, Valeur, Peuple … Il y en aura bien d’autres à citer et à commenter que je me vois obliger de stopper ma liste et vous invite donc à la réflexion.

 
Quand cela a-t-il commencé ?
 

Difficile à titre … la question mérite-t-elle d’ailleurs d’être posée ? Certes, oui. Mais la réponse à cette question ne pourra pas être traitée ici dans sa globalité, pas maintenant en tous cas face à l’urgence. D’aucuns diront que cela est arrivé quand le candidat Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle a proposé la création d’un ministère de l’immigration et de l’identité nationale. D’autres rétorqueront que la candidate Ségolène Royal, après s’être offusquée, y est revenue par des chemins détournés en chantant La Marseillaise à la fin de ses meetings politiques. Il y aura ceux qui vont vous dire, à juste titre peut-être, que leur candidat Jean Marie Le Pen a, de longue date - on s’apercevra tout au long de cette histoire que cette question de l’antériorité de la paternité ou de la maternité pourra prendre une importance certaine au motif qu’elle symboliserait et attesterait de la bonne foi, de l’authenticité, pour ne pas dire de la pureté - appelé de ses vœux à la mise en avant de ces questions et qu’il est même celui qui a compris avant tout le monde ce que veut le peuple français. Il y a ceux qui vous diront qu’ils l’avaient bien prédit et qui aujourd’hui se drapent dans des sentiments offusqués et préfèrent, comme la candidate Arlette Laguiller, l’Internationale à La Marseillaise sans craindre – et cela au moins est tout à son honneur – le ridicule ou l’incompréhension tant cet autre hymne apparaît éculé, galvaudé et au final vidé de son sens originel. Il y a ceux qui comme le candidat François Bayrou – attention, prononcez « baille » rou, il y tient, une question d’identité certainement ! - Et puis, il y a ceux … qui ne disent rien parce qu’ils n’ont la parole – car aujourd’hui la parole est censée être donnée aux douze candidats, d’ailleurs elle est comptée – je veux parler de nous les citoyens. Non pas que les citoyens n’ont pas d’idée sur ce qui se passe, mais outre la difficulté insoluble à mesurer l’opinion des citoyens il ressort de notre organisation politique à la française – mais est-ce vraiment un caractère strictement national ? – que les candidats à la Présidence de la République sont là pour penser à notre place. Alors à la question posée – quand cela a-t-il commencé ? – je répondrai par un petit retour en arrière voire plusieurs dans cette rubrique.

 

Alors commençons par ces trois couleurs – BLEU, BLANC, ROUGE – que nous devrions, pour d’aucuns, tous porter haut et fier à nos fenêtres, sur nos balcons, sur nos blasons comme un étendard de notre fierté nationale – certains étrangers y voient là un sentiment bien français, l’orgueil ce qui nous renvoie à notre manque de modestie, mais cela est encore une autre affaire – de crainte de ne pas savoir que nous sommes français.

 

Les couleurs, au travers de l’oriflamme et du drapeau, ont de tous temps servi à s’identifier, à se reconnaître, pour marquer aux autres son appartenance à un groupe. Qu’y a-t-il de commun cependant entre Clovis, Les Tricolores, Camille Desmoulins et les cocardes révolutionnaires avec la résurgence de cet impératif édictée par la candidate Ségolène Royale comme quoi chaque français devait posséder un drapeau tricolore ? La réponse est à mon sens simple : c’est l’idée qu’il est possible de rassembler, d’unifier sous une même bannière un ensemble d’individus. Toute la question est quel est le sens de cet acte et dans quelle direction nous dirigeons nous.

 

« Le BLEU fut la bannière de Clovis 1er, roi des Francs de 481 à 511. On notera ici que le nom de Clovis vient du franc, vieil haut allemand, Hlodowig, signifiant « Illustre dans la Bataille », « Illustre au Combat ». Ce qui est intéressant dans cette étymologie c’est de constater que ce roi, désigné par l’Histoire comme le premier roi des français, possède un nom d’origine germanique, logique compte tenu de l’histoire de son peuple …

Le BLANC a été de 1638 à 1790 la couleur du drapeau royal et de certains pavillons de la marine. De 1814 à 1830, il a été aussi la couleur des drapeaux de l'armée royale. Le blanc symbolise la France et aussi tout ce qui est de l'ordre du divin, de Dieu, d'où le choix de cette couleur comme symbole du royaume. Le pouvoir du roi venait, selon la doctrine officielle, de la main de Dieu. Pour autant, sous le règne de Hugues Capet – roi des francs de 987 à 996 - et sous sa descendance, le roi de France porte l'oriflamme ROUGE de saint Denis parce qu'il est protecteur de cette abbaye prestigieuse fondée par Dagobert Ier. Le blanc comme symbole de la royauté est donc plutôt tardif.

Depuis Henri IV (1589-1610), la livrée royale était même BLANCHE ornée de BLEU et de ROUGE. Les Gardes françaises avaient en effet adopté les trois couleurs sur leur uniforme et l'emblème de leur régiment. Elles les conservent après la Révolution en devenant la Garde nationale. Henri IV avait même recommandé les trois couleurs (bleu blanc rouge) aux ambassadeurs des Provinces-Unies – futur Pays-Bas qui a d’ailleurs fait de ces trois couleurs son drapeau national.

C'est en juillet 1789 que La Fayette a créé la cocarde tricolore. Les couleurs bleu, blanc, rouge étaient depuis longtemps employées ensemble ou séparément comme symbole en France. Mais une cocarde n'était qu'un signe d'appartenance à une unité militaire : ce n'était pas encore un emblème national.

Le premier emblème national tricolore fut le pavillon national adopté le 24 octobre 1790. Pour la première fois dans l'histoire, tous les bâtiments d'un même pays, qu'ils soient marchands ou militaires arboraient un même pavillon national. Il était fait de blanc, couleur de la France ; et il portait un canton à trois bandes verticales rouge, blanche et bleue, les couleurs "de la liberté", selon la terminologie de l'époque. Le canton rectangulaire était entouré d'un liseré blanc à l'intérieur, bordé d'un liseré extérieur bleu à la hampe et rouge vers la partie flottante. Ce second liseré séparait les deux parties blanches du pavillon. C’est le 15 février 1794 que la disposition « bleu au mât, blanc au centre, et rouge flottant » a été imaginée. L'idée est due au peintre Louis David. » (Inspiré de l’article de Wikipédia)

 

Première réflexion : si nous devons nous identifier à cette histoire, il faut bien considérer que cette notion de francité, de nation française s’inscrit dans une construction historique complexe ayant conduit de multiples peuples à se mélanger par l’effet de conquêtes, de guerres … très loin donc d’une unité identitaire pour le coup mythologique. L’histoire elle-même du drapeau tricolore comme emblème de la nation française est donc une histoire complexe sans qu’il soit possible de dire aujourd’hui aisément telle couleur représente cela sans être forcément partisan, voire être contraint au parti pris c'est-à-dire en ignorant de manière délibérée la complexité de cette construction. Par ailleurs, le drapeau national s’il est inscrit dans notre imaginaire collectif, il n’en demeure pas moins vécu selon sa propre histoire. Pour les résistants de la seconde guerre mondiale, il est important d’y voir brodé des mentions fixant l’appartenance de celui qui le porte. Que dire de cette femme qui a gardé dans son souvenir l’utilisation du drapeau pour couvrir les cercueils pendant la guerre d’Algérie ? Pour elle, et pour d’autres – au sujet d’autres guerres – le drapeau tricolore est associé à la mort, au deuil, à la perte de l’être cher … pour quelle cause déjà ? Pour d’autres plus jeunes en général, ce drapeau est associé aux exploits d’une équipe nationale de football, de rugby ou d’un champion de ski ou de natation … c’est là la résurgence d’un fait guerrier matérialisé par la victoire – celui qui a gagné reçoit les honneurs – au travers du sport dans une logique de pacification. C’est par cet éclairage que l’on ne comprend pas, et pardonne d’autant moins, les incartades de ceux qui vitupèrent contre la soi-disante surreprésentation des personnes de couleur dans l’équipe nationale de football. Au contraire, ils devraient être fiers  d’être français et constater qu’une telle nation a su évoluer pour conduire à ce résultat symbole de la pacification des peuples. Mais, non, c’est la haine et la violence qui prime.

 

Alors quand j’entends la candidate Ségolène Royale parlait du drapeau tricolore, je me pose des questions. Que veut-elle au fond ? Pacifier les femmes et les hommes dans leur complexité et leur diversité ou les renvoyer dos à dos en stigmatisant ceux qui ne se montreraient pas suffisamment patriotes ?

 

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